Marc Plantagenêt, Directeur des Opérations Bourgogne de la Tonnellerie Seguin-Moreau, nous présente l’évolution de l’utilisation des tonneaux au travers de l’histoire de Seguin-Moreau.

La tonnellerie Seguin-Moreau est l’une des plus anciennes tonnelleries. À l’origine, il y a deux maisons localisées dans la région de Cognac, la tonnellerie Seguin (créée en 1870) et la tonnellerie Moreau (créée en 1838). Le Groupe Rémy Martin acquiert et unifie ces deux maisons au XXe siècle afin de fournir les fûts destinés au Cognac. Selon Marc Plantagenêt « la stratégie à l’époque était de sécuriser l’approvisionnement en fûts ».

Puis, il ajoute que « l’entreprise s’est développée dans les années 1960-1970 avec le développement de l’œnologie moderne, notamment à Bordeaux où on constatait que l‘utilisation de barriques apportait un bénéfice qualitatif sur le vin ». Cette période marque également le début de l’intérêt pour le chêne en tonnellerie. La faculté de Bordeaux constate que la majorité des fûts est en châtaignier ; ce dernier étant très résistant pour le stockage et le transport. Le chêne, quant à lui, est moins résistant mais apporterait beaucoup plus en matières aromatiques. La tonnellerie Seguin-Moreau a investi dans ces recherches au côté de la faculté de Bordeaux et a ainsi tissé des liens privilégiés avec de nombreux domaines bordelais (Haut-Brion, Mouton-Rothschild).

Deux événements majeurs conduisent à une destruction en partie du vignoble aux Etats-Unis : l’épidémie de phylloxera (seconde moitié du XIXe siècle) et la prohibition (1919 à 1933). Dans les années 1970, les plantations de vignes en Californie sont intensives. Les californiens n’ont foi que dans les cépages rouges bordelais et dans l’utilisation de barriques bordelaises. Ainsi, Marc explique que « leur statut de fournisseur récurrent à Bordeaux va leur permettre d’expédier les premiers tonneaux en Californie en 1974 » puis « une tonnellerie à Napa est créée en 1994 ».
 
« L’histoire est plus alambiquée pour la Bourgogne qui à cette époque utilisait très peu de fûts neufs » ; le travail de tonnelier est souvent assuré par « les menuisiers locaux ». Au même moment, le Chardonnay est le cépage blanc choisit par les américains lors des replantations. La Bourgogne étant considérée comme la terre d’excellence pour ce cépage, il était indispensable de conquérir des partenaires en Bourgogne afin de séduire le marché américain. Ainsi, relate Marc, « dans les années 1982-83, un collaborateur de Seguin-Moreau est venu investir le marché bourguignon ». Accueilli par la convivialité bourguignonne à Chassagne-Montrachet, il a rapidement noué des liens avec quelques viticulteurs et développé une clientèle. Les premières ventes en Bourgogne débutent et progressent petit à petit jusqu’au milieu des années 1980. Puis jusqu’à la fin des 1980, les difficultés pour vendre certains vins de Bourgogne conjuguées à l’importance croissante du goût boisé sous l’influence de Robert Parker, incitent certains producteurs a augmenté substantiellement l’utilisation de fûts neufs. « L’âge d’or de la tonnellerie en Bourgogne c’est dans les années 1990 avec de pourcentages de fûts neufs très importants ».

Dans les années 1990, Seguin-Moreau fournit quelques centaines de fûts au marché bourguignon. Marc précise que la maison « prend alors conscience de l’importance de l’intégration au tissu local  car les autres tonneliers prenaient de l’ampleur ». Ainsi en 1991, Seguin-Moreau achète un ancien négoce de grains / céréales à Chagny et installe une tonnellerie en 1992 dont « la vocation fournir tous les clients suivant le modèle bourguignon (en France et à l’étranger) ». Fin 2007, la demande augmentant, une nouvelle tonnellerie est construite sur la même commune et produit aujourd’hui « 9000 fûts à l’année toujours dédiés au modèle bourguignon ».

Aujourd’hui en Bourgogne, il y a des pourcentages de fûts neufs inférieur à celui des années 1990. Cependant, on compte plus d’utilisateurs, dans les années 1990 il s’agissait « d’une certaine élite de la viticulture ». En effet, à l’époque les vins de Bourgogne sont peu valorisés et le prix des fûts est relativement élevé.
Les pourcentages actuels moyens sont : 15-25 % de fûts neufs pour les blancs et 30-60% de fûts neufs pour les rouges. Ces valeurs varient en fonction des appellations, du millésime et la philosophie du vinificateur.