Le Chili est un pays viticole, accueillant aussi bien les petites productions locales et familiales, les énormes producteurs tel que Concha y Toro (30 millions de caisses par an) ou encore les nouveaux passionnés du terroir qui développent leur projet.

Notre première semaine est consacrée aux régions du Bio Bio et de Itata, au sud du pays, et nous commençons par la « bodega tipica » Mora Reyes à Guarilihue. Pas franchement délicieux mais l’accueil est plus que chaleureux. Nous apprenons que le cépage typique de la région est le « pais », présent surtout dans le Bio Bio et dans le Maule. Ce cépage pousse en bush et l’on trouve des pieds centenaires gros comme des pommiers. Puis nous tentons d’obtenir des informations à l’office de tourisme de Quillon, en face de notre hôtel, le seul du village. On nous indique (non sans fierté) qu’un musée du vin sera bientôt construit ici, on nous offre une bouteille de la bodega Lomas de Quillon, et on nous envoie à Portezuelo.

Le village est difficilement accessible (surtout avec notre fiat punto de location), personne ne parle anglais et il n’existe aucune indication permettant de nous aiguiller un minimum. Mais c’est très souvent dans ces circonstances que la magie opère et que les rencontres nous emmènent au bon endroit au bon moment. En effet, lorsque nous arrivons à l’office du tourisme du village (5 personnes, 1 ordinateur, 2 chiens et un ventilo), Rodrigo Ponce Ponce prend la situation en main, nous emmène déjeuner chez la voisine qui nous prépare un burger sur le pouce à tomber, le temps d’appeler une amie de la Bodega Santa Carla. Notre arrivée dans la bodega semble être un événement spécial pour la famille, qui met les 3 générations dans le camion (grands-parents, fille et petite-fille), afin de déguster leur vin au milieu de leurs vignes. Nous visitons ensuite le chai, très artisanal et sommes invitées à rester diner, où le vin s’accorde parfaitement aux spécialités locales : sopaipillas (tortillas de farine de blé frites), empanadas, charcuteries et fromages locaux. Un repas (léger) en famille !

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Si la région arbore un côté rustique et un peu délaissé des gros producteurs du pays, certains y voient un réel potentiel. C’est le cas de la bodega Viña Chillán, appartenant à trois suisses, qui au delà de leur production de vins classiques, développent un projet de vins naturels (pinot noir et sauvignon blanc), appelé « Naturista », inédit au Chili et avec beaucoup de potentiel.

Cette première semaine ne reflète pas toutefois la culture viticole du Chili, qui se trouve essentiellement dans les régions de Maule, Maipo, Santiago et San Antonio. Sur la Ruta 5, qui traverse le pays du nord au sud, on ne peut pas passer côté des étendues de vignes à perte de vue et des publicités en 4 X 3 indiquant le meilleur cabernet sauvignon ou le meilleur carménère, cépages emblématiques du pays. En effet, les bodegas que nous avons visité lors de notre seconde semaine possèdent en moyenne 300 hectares de vignes réparties dans le pays, et des chais qui rivalisent d’ingéniosité et de techniques.

On compte parmi eux le chais incroyable du Clos Apalta de Lapostolle, ou encore celui de la bodega Perez Cruz (élu le plus extravagant du pays), qui ressemble d’ailleurs étonnamment à celui d’Almaviva, inspiré de la forme de la Cordillère des Andes, élément incontournable du pays, s’imposant majestueusement dans chaque paysage, et influençant chacun des vignobles.

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la Bodega Almaviva

Autre élément naturel incontournable, le risque sismique présent dans la tête de chaque chilien, et imposant ses mesures de sécurité dans la construction des caves, notamment après le séisme de 2010 d’une magnitude de 8.8, l’un des plus puissant jamais enregistrés. Chaque chilien se souvient précisément de l’endroit où il se trouvait à ce moment là. Il serait donc trop risqué et trop cher de construire des caves en sous-sol, nous explique Emmanuel Riffaud du domaine Baron Philippe de Rothshild, qui produit notamment l’Escudo Rojo disponible en France.

Aujourd’hui le pays observe une recrudescence de petits producteurs, vinificateurs formés par les grosses bodegas qui veulent exprimer leur talent dans leur propre bouteille. C’est la cas de Gabriel Edwards, passionné parfaitement francophone, qui en parallèle de son travail chez Viña Maquis (délicieux Cabernet Franc), lance un projet personnel nommé Raices 1945, reprenant les vignes et le chai familial à Colchagua.

Une nouvelle philosophie apparaît, plus proche du terroir, tel que chez De Martino à Isla de Maipo, bodega de 300 hectares qui a totalement changé d’approche il y a dix ans pour adopter une politique « no make up » sans trop d’arômes boisés et qui plaît au consommateurs.

Une direction qu’apprécient particulièrement les nombreux français installés au Chili pour développer leur savoir-faire, tel que Didier Debono, qui après des années passées en Argentine, se passionne pour le Malbec qu’il vinifie dans la région de Maule sous le nom d‘Altamana. Après nous avoir fait découvrir le Vino Pipeño, vin de soif élevé en « pipas » et spécialité locale qui revient à la mode, nous dégustons ses vins autour d’un succulent confit de canard typiquement français, et comprenons aisément pourquoi tant de nos compatriotes ont trouvé leur bonheur dans ce pays maravilloso !