Nos premiers pas en Israël s’effectuent à Nazareth, terre très cosmopolite, colorée et empreinte évidemment d’une identité religieuse peu commune. Nous sommes passées par la frontière terrestre avec la Jordanie. Après notre séjour au Liban, nous redoutions un interrogatoire musclé de la part des douaniers israéliens, mais notre passage s’est déroulé en douceur.

Nos premiers rendez-vous ont lieu dans le Golan, terroir ancien et réputé pour les vins israéliens. La route nous y amenant est un parfait résumé de nos vieux cours de catéchèse… Nous traversons les villes de Cana, où il existe autant de « coupes » originales dans laquelle Jésus a changé l’eau en vin, que de religions… Capharnaüm, le mont des béatitudes… Notre culture religieuse est remise à niveau.

Mont des béatitudes - lac de Tibériade

Mont des béatitudes – lac de Tibériade

Les vins du Château Golan nous procurent une très belle introduction aux vins israéliens, qui se poursuit par l’un des précurseurs de la viticulture en Israël, le domaine Golan Heights. Ce domaine regroupe quatre kiboutz (communautés collectivistes) et quatre mochav (communautés en coopérative). Nous découvrons ainsi ces systèmes de mise en commun des ressources, ainsi et surtout la façon de faire du vin casher. Notre guide francophone nous indique que l’« on s’occupe des vignes comme des cachets dans une pharmacie ! ». Je dois admettre avoir eu quelques a priori négatifs sur le vin casher. Ceux-ci ont été immédiatement chassés par la dégustation de ces vins fins et élégants.

Visite de Golan Heights – terroirs situés à la frontière syrienne

Une découverte donc, d’un pays, d’une culture, qui se poursuit sur la côte ouest du pays, entre Tel Aviv et Haïfa.

Nous avons rendez-vous dans plusieurs domaines de la région, et notamment chez Binyamina. Nous y rencontrons l’un des deux vinificateurs, Yael Sandler, qui a étudié, comme la majorité des vinificateurs israéliens, en Australie. Bien que très heureuse et déterminée à faire du très bon travail chez Binyamina, celle-ci nous avoue toutefois être parfois frustrée de ne pas pouvoir manipuler un produit qu’elle chérit. Nous en faisons l’expérience en visitant les caves du domaine. Celles-ci sont fermées à clés et seul le superviseur religieux, français, en a la possession. Il est nécessaire de l’appeler pour accéder à la cave, et la visite se déroule sous son œil vigilant. Ni Yael ni personne de « non religieux » ne peut toucher les barriques. Frustrant oui, et quelque peu étrange pour les non initiés.

Nous retrouvons Yael le soir même à Tel Aviv pour un diner de « winemakers », ceux-ci venant tous de régions et domaines différents, et devant apporter une bouteille de vin originale, afin d’éveiller leurs papilles expérimentées.

Si le diner est un véritable succès et un moment formidable, un certain malaise se crée lorsque l’on nous demande où nous dormons en Israël. En effet, nous avons posé nos affaires en vitesses dans notre hôtel situé dans le village de Jisr az-Zarqa.

Or personne autour de notre table ne nous croit. Nous ne pouvons, selon eux, séjourner dans ce village. Interloquées par une telle réaction, nous apprenons finalement qu’il s’agit de l’un des villages musulmans les plus pauvres du pays, et le seul situé sur la côte ouest du pays. Bien que situé à quelques kilomètres à peine en face du village de Binyamina, un monde sépare ces deux communes… De retour à l’hôtel, nous discutons avec la gérante qui est française et qui nous explique ainsi le projet qu’elle entreprend à Zarqa, à savoir d’y attirer les touristes afin d’apporter des ressources à cet endroit délaissé. Nous y passons par ailleurs un très bon moment, et recommandons grandement l’endroit !

Rencontré lors de notre diner, nous passons voir Assaf Paz du domaine Vitkin. Ancien chef pâtissier, il fait partie des premiers israéliens à être diplômé de l’école d’œnologie de Bordeaux ! Son intention est de produire des vins locaux, reflétant ce terroir particulier, avec des cépages adaptés aux sols et un style israélien : en somme, ne pas faire comme tout le monde. Nous dégustons notamment son vin dénommé « voyage », car celui-ci combine toutes les régions du pays. Selon Assaf, « Le vin, c’est comme les femmes, il n’a pas besoin de trop d’artifice ! », et cela résume bien ses vins. Nous retrouvons cette philosophie lors de notre visite du domaine Margalit. Petit domaine familial, le père est un scientifique passionné de terroir, pour qui la qualité du vin vient nécessairement de la qualité de la grappe. Et selon lui, le nom de la parcelle sur l’étiquette est essentiel même si il n’existe pas de système d’AOC en Israël.

Merveilleuse introduction à la viticulture israélienne, qui se poursuit…dans le désert !