Vin et religion

La religion est omniprésente au Liban et les vins s’en imprègnent. La production du vin libanais était considérée auparavant comme la spécialité des moines. C’est pour cette raison que nous commençons nos pérégrinations viticoles dans la coopérative Adyar, créée par l’Ordre Libanais Maronite en 2003. Cette coopérative regroupe huit couvents répartis dans trois régions différentes, chacun sous la responsabilité d’un moine, l’idée étant de mettre en avant une identification par monastère. 

Nous ne pouvons manquer le monastère de Mar Moussa qui s’impose à nous, entouré de vignes et surplombant la vallée.

Adyar, Mar Moussa - LibanLe vinificateur, Frédéric Cacchia, est tombé amoureux du Liban lors d’un stage en 1999. Il nous explique qu’il existe autant de religions que de terroirs différents dans un pays de la superficie de la Corse. Toutefois le vin libanais est cher à produire, donc cher à vendre, les matières sèches (bouteilles, fûts, capsules…) et les taxes sur l’alcool étant très importantes.

Adyar, Mar Moussa - Liban

Le portrait d’un saint surplombe la cuverie, située dans une ancienne salle de la catéchèse, l’empreinte religieuse du domaine est indéniable.

Vin et passé

Après une courte escale à Byblos, plus vieux port de commerce du monde, nous partons en direction de la Vallée de la Bekaa, à la frontière syrienne.

Byblos

La route est sinueuse et il n’est pas conseillé de la faire de nuit. De nombreux check points ponctuent notre trajet, le brouillard est intense, la tension monte car nous savons que cette région est soumise à de nombreux conflits. Nous sommes d’ailleurs les seules clientes de notre hôtel situé à Zahlé. (Peut-être les seules touristes de la région.)

C’est ici que les principaux vignobles libanais ont vu le jour. Le domaine Ksara y possède d’ailleurs des caves romaines découvertes en 1898. La famille Nakad produit du vin de père en fils dans le village de Jdita, à quelques kilomètres de Zahlé, depuis 1923.

caves ksara

Le lendemain matin, réveillées par les bruits sourds de tir au fusil (des chasseurs), nous partons en direction de Château Kefraya. Fabrice Guilberteau, vinificateur français du domaine, nous explique la situation actuelle d’un français vivant au Liban, avec ses avantages et inconvénients, lui qui été frôlé par une balle perdue en 2006. Fabrice est un passionné du terroir, bon vivant et généreux : « donne à manger à ta vigne, elle te donnera à boire », nous explique-t-il devant ses coupes de terre en pleines vignes.

Château Kefraya, Bekaa - Liban

Son plus gros challenge : conserver le style Kefraya : vin d’assemblage qui reflètent le terroir dans la finesse et l’élégance.

Parmi les derniers nés, nous rencontrons la famille Touma du domaine Clos Saint Thomas, commercialisant ses vins depuis 1999 et qui possède une chapelle creusée à même la roche ou encore Sébastien Khoury, qui a fondé le domaine de Baal (en hommage aux Baals, époux et seigneurs du sol) dont le vignoble a été planté au début des années 1990.

clos st thomas

Domaine de Baal, Bekaa - Liban

Ce dernier nous explique qu’il doit faire face aux tensions actuelles notamment dues à la présence, massive, des réfugiés syriens, qui a pour conséquence directe l’augmentation du prix de la terre. Par ailleurs, il n’existe pas de différenciation dans la loi libanaise entre le prix de la terre agricole et le prix de la terre constructible : les prix sont donc exorbitants.

Notre visite des domaine de la région de la Bekaa s’achève par le domaine Wardy, dont les vignes sont situées sur le mont anti-Liban, et dont une part importante de ses meilleurs terroirs sont consacrés aux blancs. Le domaine y cultive notamment le cépage local obeideh, et fût le premier à le proposer en monocépage, « afin de le faire découvrir au consommateur », selon la vinificatrice du domaine. La question de l’identité libanaise prend une place importante pour ce domaine qui tend à valoriser un terroir dont il est fier, et qui s’exporte de mieux en mieux.

wardy bouteillesVin et avenir

Ainsi, malgré ces tensions politiques et religieuses, les initiatives fleurissent pour permettre au pays de conserver sa splendeur, à l’image du domaine Château Belle-Vue, situé à Bhamboun, entre Beyrouth et Zahlé, et qui fût le théâtre du massacre de 350 chrétiens par les druzes en 1983. Ce tragique évènement est omniprésent dans un village qui se compose majoritairement de villas abandonnées.

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C’est cette histoire que nous raconte Jill Boutros, propriétaire avec son mari du château Belle-Vue. Son mari, né dans ce village, s’y est installé après des années passées aux Etats-Unis pour reconstruire un espoir de paix. Il y a planté des vignes, créé des emplois et construit un hôtel et restaurant dans l’ancienne demeure d’été de l’ambassadeur français de Syrie…

Entre histoire et espoir de paix, le vin libanais est signe d’un passé bien présent mais surtout d’un avenir conquérant.